Quand la myopie devient épidémique

Du fait de l’augmentation considérable de sa prévalence au cours des dernières décennies, la myopie représente aujourd’hui un véritable enjeu de santé publique en Asie orientale où elle atteint 80 à 90 % des enfants en fin de cursus scolaire, 10 à 20 % présentant une myopie forte avec son cortège de pathologies potentiellement cécitantes.

Cette tendance ne se limite pas à l’Est de l’Asie puisque sa prévalence augmente également (plus lentement) en Amérique du Nord et probablement en Europe.La myopie résulte habituellement d’une longueur axiale oculaire trop importante par rapport au pouvoir réfractif de la cornée et du cristallin, l’allongement concernant essentiellement le segment postérieur.

Aussi la plupart des enfants naissent-ils hypermétropes, avec une distribution normale (gaussienne) des erreurs réfractives. Pendant la première ou les 2 premières années suivant la naissance, la distribution se resserre, avec une moyenne, toujours hypermétrope, située entre +1 et +2 dioptries. Cette évolution rend compte d’un processus actif d’optimisation du pouvoir réfractif au cours de la croissance, connu sous le nom d’emmétropisation. La longueur axiale est le facteur le mieux corrélé au statut réfractif ; elle peut continuer à augmenter pendant 2 décennies, aboutissant alors à une myopie plus ou moins importante qui se développe habituellement en bas âge, mais parfois jusqu’en fin d’adolescence ou à l’âge adulte.

Le contrôle de l’allongement axial de l’œil au cours du développement est donc un facteur crucial pour l’obtention d’une vision normale, et représente par conséquent une cible incontournable pour les interventions visant à contrecarrer l’épidémie actuelle de myopie en Asie. La part de l’environnement. Si les prédispositions génétiques des populations asiatiques à la myopie sont indéniables, notamment pour la myopie forte, elles ne sont pas seules en cause et les facteurs environnementaux ont leur part de responsabilité.

Ainsi, la plus forte prévalence de la myopie dans les villes est-asiatiques semble être associée à une augmentation de la pression éducative et aux changements de mode de vie qui contribuent à réduire le temps que les enfants passent à l’extérieur. De récentes enquêtes épidémiologiques ont en effet montré que le temps passé à l’extérieur minimisait le risque de développer une myopie, que celle-ci soit associée au travail de près ou à des antécédents familiaux de myopie et indépendamment de toute activité sportive.

Certains auteurs ont postulé que l’exposition à la lumière naturelle pourrait protéger contre la myopie en favorisant la libération rétinienne de dopamine, médiateur connu pour limiter la croissance oculaire dans la myopie expérimentale. Aussi des essais ont-ils été lancés en Asie pour évaluer les bénéfices potentiels d’un programme d’activités extérieures sur l’incidence du trouble réfractif.

D’autres interventions, optiques ou pharmacologiques, reposent sur l’idée que l’évolution de la myopie pourrait être favorisée par les efforts accommodatifs prolongés en vision de près. Les essais réalisés avec différentes corrections mono-, bi- ou multifocales, ont donné lieu à des résultats peu significatifs sur le plan clinique. Quant à l’administration d’atropine, si les études récentes ont montré une réduction significative de la progression du trouble réfractif (au prix, parfois, d’effets indésirables), les études expérimentales ont montré qu’il était peu probable qu’elle agisse par l’intermédiaire de la cycloplégie.

En tout état de cause, ces interventions, quoique prometteuses, doivent encore être validées et la mise en place de programmes visant à enrayer l'”épidémie” de myopie en Asie et ailleurs doit s’appuyer sur une meilleure compréhension des facteurs, notamment environnementaux, susceptibles de favoriser le développement de ce trouble de la réfraction.

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