L’anorexie et la boulimie

L’anorexie et la boulimie sont comme de fausses jumelles : intimement liées tout en étant différentes. Considérées comme des maladies psychosomatiques ou troubles psychiques (on parle aussi de «troubles du comportement» ou «troubles du comportement alimentaire»), toutes deux débutent le plus souvent à l’adolescence (environ 95% des cas) et durent en moyenne 3 à 4 ans, mais rarement moins d’un an.

L’une et l’autre se caractérisent par l’incapacité de répondre au besoin fondamental de se nourrir. Elles fragilisent la santé et encore bien d’autres aspects de l’existence, plongent les adolescentes dans des tourments intérieurs et des souffrances intenses et les excluent petit à petit de la vie familiale et sociale.

En relevant les aspects communs de ces troubles, nous pourrons mieux comprendre les circonstances extérieures et intérieures qui favorisent leur émergence.Au cœur des troubles, un besoin biologique fondamental Les adolescentes qui refusent de manger, tout comme celles qui n’arrivent pas à s’arrêter de manger, sont en fait dans l’impossibilité de faire confiance à leurs sensations de faim et de satiété, et en cela, ne répondent pas à un besoin fondamental.

C’est ce qui, de prime abord, dérange et interpelle leur entourage proche et moins proche : comment peut-on nier un besoin essentiel pour l’équilibre de la vie ? C’est inadmissible et surtout, ça fait peur ! Des jugements, principalement motivés par l’inquiétude, un réflexe de défense et une méconnaissance du sujet, sont proférés sans aucune retenue, tantôt à l’égard de l’adolescente :«Tu n’es qu’une enfant gâtée et capricieuse !», «Tu manques de volonté !», tantôt vis-à-vis des parents : «Si c’était ma fille, tu verrais comme elle marcherait au pas !»

Alors que rien, ici, n’est une question de caprice. Nous sommes bel et bien en face de véritables troubles. Le manque de confiance en soi et la tendance au perfectionnisme Si beaucoup d’adolescentes disent qu’elles étaient déjà préoccupées par leur poids et leurs formes avant de basculer dans l’anorexie ou la boulimie, certaines reconnaissent aussi qu’elles ne se sont jamais beaucoup aimées.

Ces troubles sont souvent l’expression d’un manque d’estime de soi et d’une tendance au perfectionnisme. Si l’adolescente semble être calme, défier la terre entière ou n’en faire qu’à sa tête, dans le fond, elle n’est jamais sereine. Elle ressent plein de choses, les sentiments et les émotions s’entremêlent,mais elle ne sait pas comment en parler.

La maladie va renforcer la dévalorisation de soi puisqu’au fur et à mesure de son évolution, la jeune fille s’en veut de plus en plus, se durcit, se dégoûte même. Une voix négative et exigeante :Dans son for intérieur, la jeune fille anorexique ou boulimique est divisée. Deux pensées et quelquefois deux « petites voix » s’affrontent constamment : l’une positive et l’autre négative.Peu à peu, c’est la voix négative qui s’impose pour finalement prendre possession de l’adolescente et lui dicter ce qu’elle doit faire.

Terriblement destructrice, cette voix exige la perfection et ne pardonne aucune faiblesse. Toutes les adolescentes souffrant de troubles alimentaires sont habitées par ce désir de perfection. La capacité d’y répondre ou pas joue un rôle central dans les deux maladies. Qu’elles échouent ou réussissent, ce désir se renforce et finit par provoquer une forte tension intérieure, chargée d’angoisse, de honte, de culpabilité, car toujours la voix négative revient : «Tu peux faire mieux : manger moins» ou, au contraire : «Allez bouffe, de toute façon tu ne vaux pas mieux, d’ailleurs tu n’intéresses personne».

Le travail de sape est soigneusement orchestré. Cette voix peu à peu les entraîne sur des chemins pervers, où elles commencent à avoir peur d’elles mêmes, de leur propre colère ou violence et de leur incapacité à résister à ces pulsions destructrices.

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